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Ou en français, enlèvements virtuels. C’est ce à quoi nous avons eu droit dès notre arrivée à San Rafael, un peu comme un bizutage. Je n’en ai jamais parlé à mes parents, ça les aurait effrayés pour rien. Cher papa, chère maman, tout va bien ne vous affolez pas. Après bientôt trois mois il y a prescription donc je lance un billet sur le sujet.

Nous étions donc arrivés depuis peu à San Rafael, en pleine sieste afin de nous habituer aux coutumes du pays. Et la sieste c’est sacré, c’est un moment où personne ne téléphone, d’une tranquilité parfaite. Ou presque…Un coup de fil nous tire du lit, certainement un appel de l’Europe.

Daniel décroche et de la chambre j’entends le début de sa conversation qui ne ressemble en rien à un appel de courtoisie. A mon arrivée au salon il est décomposé et affolé, et me dit en français que son frère a eu un accident de voiture. La tête nous tourne pendant que son interlocuteur continue de lui parler. Charles-Edmond est effectivement parti le matin même avec Jean, le père de Daniel, et Daniel(ote), son oncle. Ils sont sur la route Mendoza-San Rafael. Daniel continue à répondre aux questions en donnant plusieurs informations. D’un coup, son interlocuteur arrête le sénario et lui passe quelqu’un d’autre. A ce moment-là Daniel me fait signe d’appeler Charles-Edmond sur son portable, qui bien sûr est hors de réseau.

Nous essayons de joindre Marcel qui est à la sieste (ben oui) et ne répond pas. Pendant ce temps, l’appel prend une toute autre tournure. Je n’ai qu’un côté de la conversation, mais je comprends que quelque chose de grave est en cours. Daniel commence à noter un numéro de téléphone inachevé, et demande à parler avec son frère. Il dit (hurle) également qu’il ne paiera rien tant qu’il n’aura pas parlé à sa famille. L’accident ressemble maintenant à une demande de rançon et je ne comprends plus rien. Jusqu’au moment où Daniel insulte son interlocuteur et lui dit qu’il n’a qu’à tuer tout le monde….Avant de raccrocher…Je tremble comme une feuille en lui demandant des explications.

Après l’histoire de l’accident, on lui a en fait raconté que sa famille s’était mise dans de graves problèmes et qu’ils étaient prisonniers à l’arrière d’une camionette. Pour les sauver, il fallait aller dans un kiosque et payer quelques milliers de pesos, et bien sûr comme dans les films ne pas contacter ni la police, ni les médias. Daniel s’est peu à peu rendu compte de la supercherie et de l’impossibilité de la situation. Tout en parlant il se rappelait avoir donné de lui même quantité d’informations (couleur de la voiture, nombre de personnes, endroit où pouvait se situer l’accident…). Ne croyant alors plus à l’histoire il a envoyé tout le monde se faire f…… pendant que je tentais de comprendre le déroulement des évenements.

Passés les instants de panique nous avons parlé de cela à la famille. C’est en fait une arnaque très courante. Des prisonniers appellent en PCV depuis le pénitencier de la ville et font des numéros au hasard. Ils font alors croire à leur correspondant que des membres de leur famille sont retenus prisonniers et en guise de rançon ils demandent des numéros de carte téléphonique afin de pouvoir recharger leur téléphone portable. Simple non ? Au début de l’appel Daniel a du accepter un appel mais à moitié endormi il n’a pas saisi que celui-ci venait du pénitencier. C’est une des mesures qui avaient été mises en place pour endiguer le phénomène. Depuis peu, les téléphones portables sont interdits dans les prisons afin de faire cesser ces abus…Enfin, en théorie…

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