C’était au début du mois, mais je fais l’article maintenant, pris que nous avons été par diverses activités, qui feront l’objet d’autres articles à venir.

Nous avons donc visité le PCCA de Buenos Aires. Qu’est-ce donc ? Le Projet de Conservation du Condor des Andes. Il s’agit d’un laboratoire, établi dans l’enceinte du zoo de Buenos Aires. Je travaille pour eux en tant que traductrice bénévole, et après avoir raté la libération du condor de Tunuyán, j’ai tout de même pu visiter le labo lors de notre passage à la capitale pour la foire du tourisme.

Enfin une visite au PCCA !

Enfin une visite au PCCA !

Sentiments très ambivalents à cette occasion. Je suis passionnée d’animaux depuis petite, et la souffrance ou la misère de ces bestioles me retourne à chaque fois. J’avais d’ailleurs décidé après avoir vu le condor du parc Temaiken de ne plus visiter de zoo. Il ne faut jamais dire jamais, me revoilà dans une prison urbaine pour voir le labo. C’est Rocío qui nous sert de guide.

Rocío est une amie de Marcel, qu’il a connue il y a 25 ans quand elle était encore une petite fille perdue avec ses parents dans le désert de la Payunia, camionnette en panne. Il les a aidé à rejoindre Malargüe et le lien entre eux est resté. Lors d’une visite de Rocío à San Rafael, Marcel m’a téléphoné pour me dire qu’il était avec la fille « que rota los huevos« . Huevos pouvant signifier ici aussi bien œuf qu’autre chose, j’étais perplexe jusqu’à l’explication finale. Elle est en fait chargée de la surveillance et de la rotation des œufs de condor au laboratoire pour lequel je fais moi-même des traductions de rapports. En coup de vent elle est passée au parc faire connaissance et depuis nous échangeons souvent des mails. Ses condors « à elle » sont en cage, les « miens » sont au-dessus du jardin.

Logo du PCCA

Logo du PCCA

En entrant dans le zoo et en voyant les premières cages je m’inquiète. Effectivement, le zoo est un désastre. Mais passons, ce n’est pas le thème, et je tente de ne pas attarder mon regard sur ces pauvres rhinos qui n’ont ni espace, ni brin d’herbe, ce dromadaire handicapé couché en permanence alors que 4 autres partagent le même enclos minuscule, ou encore les oiseaux dans des cages à l’odeur nauséabonde. Seul un petit oposum arrivera à nous dérider, qui parcourt la zone en liberté.

Nous commençons la visite chez le roi des Andes par un enclos dans lequel 3 oiseaux vivent en permanence. Tous sont blessés et incapables de vivre en liberté. Est-ce toutefois nécessaire de les garder là? L’euthanasie ne serait-elle pas une solution ? Leurs blessures les empêchent même de se reproduire. Et leur enclos étant sur « l’île », donc interdit de visite, ils ne servent même pas à montrer l’espèce aux visiteurs. Il en est de même pour un autre d’entre eux, au comportement extrêmement agressif, impossible à libérer ni à mettre en relation avec ses congénères, il reste seul à tenter de s’accoupler avec sa baignoire.

Une des infortunées de l'île...

Une des infortunées de l'île...

Nous traînons un peu les pieds jusqu’aux suivants. Il s’agit d’un mâle adulte qui a perdu l’usage d’un œil et d’une femelle juvénile. Elle est là car apparemment il y a eu une erreur lors de son élevage en isolement. Elle reste désespérément collée à l’humain. C’est un petit chat. Nous jouerons avec elle, partagés entre tristesse et émotion d’être si près. Elle tire mes lacets puis ceux de Daniel avec une force impressionnante. Elle a été libérée il y a quelques mois, mais refusait de s’éloigner du poste des garde-faunes. Pour qu’elle n’enseigne pas ce comportement malsain à ses congénères elle a été ramenée au zoo en attente d’une solution. La captivité à vie pour se reproduire ?

Il y a aussi ce beau perroquet à qui on coupe les ailes de temps à autre pour qu’il ne s’envole pas. C’est le moral dans les chaussettes que l’on voit Rocío le sortir de sa cage sur son bras pour lui faire prendre l’air. Il y a cet aguila mora, blessé à une aile, qui zone sur l’île, attendant qu’une bonne âme lui amène de temps en temps une échelle pour qu’il puisse passer d’un endroit à l’autre. Après avoir vu d’autres condors enfermés sans utilité compréhensible, nous passons devant l’enclos de 3 oiseaux qui amène enfin une lueur d’espoir. Deux sont nés en captivité et un a été secouru dans une province du pays. Les trois sont en attente de leur libération, dans une cage où la lumière naturelle n’arrive que d’en haut, pour qu’ils ne voient pas les humains. Comme dans un hôpital, le silence est de rigueur (une plaisanterie en plein centre de la capitale) et c’est à travers de petites trappes dans le tissu que nous pouvons les observer.

Aguila Mora

Aguila Mora

Après ces visites pas toujours encourageantes mais un très bon contact avec notre guide qui est extrêmement intéressante, il est 20h et nous partons donc dans le labo proprement dit pour aller retourner l’œuf. Rocío nous avait montré dans le premier bâtiment les marionnettes de latex qui servent à donner à manger aux poussins sans qu’ils voient l’homme. La couveuse, les parois recouvertes de couches pour qu’elles soient douces et pas trop froides, permet de voir le poussin grâce à une glace sans tain. Lui se voit et les scientifiques peuvent aussi l’observer sans que lui ait un contact visuel.

Masque et protections aux pieds pour entrer

Masque et protections aux pieds pour entrer

Dans le laboratoire d’incubation, nous découvrons l’incubateur de l’œuf, là la température et l’humidité sont minutieusement contrôlées. Une fois par jour, dans l’après-midi, l’œuf est également pesé pour vérifier la perte d’humidité de la coquille. Le poussin met 60 jours à se développer, et quand il attaque sa sortie il y en a pour deux ou trois jours, moment pendant lequel les scientifiques et bénévoles comme Rocío se relaient pour dormir sur place. Après nous avoir montré la couveuse dans laquelle le poussin passe ses tous premiers jours, Rocío ouvre enfin la porte et pratique la rotation de l’œuf. Ceci afin que l’évolution de la coquille soit bien uniforme, chose que les oiseaux pratiquent sans aucun problème en liberté. Nous n’osons pas dire un mot, et Rocío m’avouera ensuite qu’elle est en quasi apnée quand elle retourne l’œuf.  Nous refermons ensuite l’incubateur puis les portes du labo et nous repassons de nuit devant les cages du zoo jusqu’à la sortie. Rocío nous confie que les gardiens sont toujours prêts à raconter des légendes urbaines sur ce qui se passe de nuit dans le zoo, et que ce n’est pas le moment qu’elle préfère dans la journée.

Incubateur

Incubateur

La première couveuse des bébés

La première couveuse des bébés

Rocío retourne l'oeuf

Rocío retourne l'oeuf

Naissance prévue début décembre !

Naissance prévue début décembre !

Après l’avoir chaleureusement remerciée, nous sommes repartis, ravis mais aussi déçus par la vie de certains de ces pauvres oiseaux. Alors que Rocío nous les présentaient (tous sont baptisés) je me souvenais de leur histoire, que je connais par la traduction des rapports d’activités et autres newsletters.

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