Quand j’étais en primaire, j’ai appris une récitation que je n’ai jamais complètement oubliée. J’aimais bien les récitations, faut dire que j’ai toujours été forte pour le par-cœur. Du coup, de passage chez Cecilia un de ces jours, quand elle m’a proposé de prendre des abricots que Patrick lui avait laissés pour faire des confitures, j’ai hésité un peu, mais pas trop. Dans ma famille, ma grand-mère était une championne surtout avec mes confitures préférées justement, gelée et marmelade de coings. Mon père s’y est ensuite mis avec le même succès. L’idée de faire des confitures me trottait dans la tête depuis un moment déjà, c’était l’occasion d’essayer.

L’occasion aussi de retrouver ce texte de Georges Duhamel que j’avais appris, et la visite de l’économiste.

Le jour que nous reçûmes la visite de l’économiste, nous faisions justement nos confitures de cassis, de groseilles et de framboises. L’économiste, aussitôt, commença de m’expliquer avec toutes sortes de mots, de chiffres et de formules, que nous avions le plus grand tort de faire nos confitures nous-mêmes, que c’était une coutume du Moyen Age, que, vu le prix du sucre, du feu, des pots et surtout de notre temps, nous avions tout avantage à manger les bonnes conserves qui nous viennent des usines, que la question semblait tranchée, que, bientôt, personne au monde ne commettrait plus jamais pareille faute économique.
– Attendez, monsieur ! m’écriais-je. Le marchand me vendra-t-il ce que je tiens pour le meilleur et le principal ?
– Quoi donc ? fit l’économiste.
– Mais l’odeur, monsieur, l’odeur ! Respirez : la maison tout entière est embaumée. Comme le monde serait triste sans l’odeur des confitures !
L’économiste, à ces mots, ouvrit des yeux d’herbivore. Je commençais de m’enflammer.
– Ici, monsieur, lui dis-je, nous faisons nos confitures uniquement pour le parfum. Le reste n’a pas d’importance. Quand les confitures sont faites, eh bien ! nous les jetons.
J’ai dit cela dans un grand mouvement lyrique et pour éblouir le savant. Ce n’est pas tout à fait vrai. Nous mangeons nos confitures en souvenir de leur parfum.

De mon côté depuis que je suis en Argentine je fais des conserves et des confitures. Autant dire que la théorie de l’économiste n’est pas encore arrivée jusqu’ici. Je suis donc rentrée à la maison avec mes 3kg d’abricots, pour voir. J’en ai pris peu, s’il faut rater autant que ce ne soit pas avec trop de marchandise. Entre la recette de Cecilia et celle de mon livre de l’école ménagère de Neuchâtel je fais un mix, comme souvent. Et pour ce que m’a dit Pablo, qui a reçu le premier pot de ma première confiture, et qui l’a déjà attaqué, c’est pas mal du tout. Encourageant donc. Et l’odeur dans la maison est effectivement splendide.
Miam !

Miam !

Le prix des cerises baissant à mesure que la saison avance ça me donne des envies d’essayer d’autres choses. Le problème avec les cerises c’est que j’aime tellement ça que je les mange avant d’avoir le temps d’en faire quoi que ce soit. Les dernières achetées au feu rouge en rentrant sont d’ailleurs fantastiques.
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